Diurne (par Keorn)

26
mai
2003

Auteur : Keorn

Un ogre se penche sur sa plume et nous délivre un rêve des plus merveilleux même s'il est triste... Et voilà, ce que ça donne :


Diurne

La lumière, voilà ce pour quoi ils se battaient, ramener la lumière... En ces temps troublés, où les Eternels se battaient pour ramener leur principe, il devait bien prendre partie pour sa cause. Et pourtant, il menait ses troupes pour autre chose, lui voulait retrouver sa sœur. Sa douce sœur. Celle avec qui il avait passé sa jeunesse à courir l'Harmonde. Avec leurs jeux d'enfants, ils avaient eut l'insouciance de rêver à un monde où la nuit et le jour pourrait vivre ensemble. Tout en retournant ses pensées, il regardait autour de lui. Son palais était gigantesque. Il épousait les cieux avec son architecture pure et simple. Les tours abritées les Astrées qui veillaient à ramener les hommes sur le chemin de leur maison quand la nuit devenait trop épaisse. Les Apogées tournées sur les chemin de ronde pour dispenser une chaleur bienfaitrice pour tous. Et les Vesprées méditaient près des fondations quand il fallait annoncer une aube nouvelle, annonciatrice d'espoir. Des colonnes de lumière solide soutenaient des arches sculptées dans des arcs-en-ciel. Le ciel d'un bleu nuit servait de toile de fond et faisait ressortir la débauche de couleurs vives qui constituaient son palais. Ses lumières étaient si fortes qu'aucune ombre n'apparaissaient dans les coins. Cette pensée ramena le souvenir de sa sœur ... de ses jeux au temps de leur jeunesse. Combien de fois s'était-il fait surprendre quand elle surgissait d'une ombre qu'il avait fait naître ? Combien de fois s'était-il ébattu autour d'une simple flaque d'eau qui renvoyaient leurs images. Ces moments de joie lui paraissaient d'autant plus précieux depuis le début de la guerre. Il se fit violence pour ne pas replonger dans ses souvenirs doux-amers. Il ramena son regard sur ses suivants. Ses enfants, se dit-il avec une pointe de fierté, étaient tout ce qu'il lui restait. Et ils attendaient son aide. La bataille faisait rage entre les Eternels et ils étaient toujours à la pointe des combats. Illuminant le cœur de leurs alliés et brûlant l'âme de leurs ennemis. Les Vesprées, les Apogées et les Astrées, tous différents mais tous unis sous sa bannière. Mais, malgré leur courage les batailles les avaient affaiblis. Nombre des leurs étaient morts en affrontant les perversions de son père. Transpercé par une lame de ténèbre, perdu dans des illusions qui les menaient à des horreurs sans nom. Frappé à mort par leur propre frère quand celui-ci succombait aux charmes mesquins de son père. Lui qui avait détourné sa sœur au point de la retourner contre ceux qu'elle aimait... Transformant le rêve en cauchemar, la douce quiétude de la nuit en un linceul de folie. Le doux repos en amer veille. Il fallait trouver un moyen de frapper le mal à sa source. Lui, Diurne, devait arriver à faire quelque chose. Ses « expériences » sur les fils de l'été n'avaient pas eus les résultats escomptés. Il devait donc en faire appel à d'autre. Une voix ferme s'éleva :

« Maître, nous attendons votre décision. »

Diurne ramena son attention sur la lueur qui avait pris la parole. Il reconnu le brave Illu. Son plus proche conseiller. Un ami fidèle avec qui il avait traversé maintes batailles ainsi que déjouer des complots visant à déstabiliser leurs rangs. Diurne vit à l'inquiétude sur son visage que son esprit devait vagabonder depuis un moment et que ses pensées assombrissaient ses traits.
« Fais-le entrer. Mais reste avec moi. »
Puis s'adressant à l'éclatante assemblée :
« Mes enfants, je dois écouter ce que mon père veut me dire, peut être y a t'il un espoir de voir la guerre enfin finir ! Mais vous ne devez pas rester. Ses tours et sa malice sont incroyables. Retirez-vous au plus profond du palais et guettez mon signal si jamais je vous appelle venez et frappez tous ce que vous trouverez dans cette salle ! ! »
Devant cette déclaration, il y eu un flottement.
Diurne se redressa de toute sa taille, ses yeux tels deux soleils jumeaux flamboyèrent.
« Ne discutez pas ! Je vous en prie, même moi qui suit averti serait tenté par ses artifices alors si je vous appelle, frappez, pour le salut de mon âme et de l'Harmonde. Je préfère mourrir des mains de mes enfants plutôt que de le servir ! »
Les lueurs se retirèrent en murmurant leur compréhension et leur loyauté.
Diurne espéra que cela suffirait à armer leur bras.
Une fois la pièce vidée de ses enfants, il se tourna vers Illu.
« Maintenant il est temps. »

Illu projeta sa pensée vers la grande arche multicolore qui servait de Porte au palais. Cette simple pensée lui permit de se retrouver devant la porte. Une hésitation dans la vague de lumière le composant fit sentir à Diurne que le doute le rongeait lui aussi. Mais il se ressaisit, cela se traduisit par un regain de luminosité de sa forme. Les vagues de lumière et de feu composant son être ondulèrent devant le portail. Le portail répondit en s'harmonisant avec ses mouvements. Petit à petit, les couleurs du portail s'affadir pour ne plus être qu'un mince voile où l'on pouvait deviner la silhouette du Masque. Il avait adopté sa forme de père. Un bel homme énergique d'une quarantaine d'années vêtu de vêtements multicolores le tout recouvert par une grande cape grise. Son air bon et gentil avec une touche de sévérité en faisait l'incarnation de l'homme à qui ont donnerait les muses sans confession. Illu rejoignit rapidement Diurne pour ne pas rester près de lui. Son aura n'avait rien d'agressive mais ils pouvaient sentir la corruption qui l'accompagnait. Le Masque s'approcha du trône de lumière de Diurne, la lumière qu'il diffusait sembla pâlir au fur et à mesure de son approche.

Le visage du Père se fendit d'un sourire.
« Mon fils quel bonheur de te revoir enfin, et je constate que tu es en bonne santé ! Quel plaisir et quel soulagement ! »
« Ne te perds pas en vaine tentative pour m'attendrir ! Quelle est donc cette chose si importante que tu viennes quémander une entrevue avec moi ? »
Le Masque prit un air confus « T'attendrir ? Mais voyons, un père ne peut-il s'inquiéter pour son fils ? Tu sais que tu nous manques. Mais tu as choisi ton camp, je ne t'en veux point et je respecte ta décision. Contrairement à d'autres, je en cherche pas à t'avoir sous ma coupe. Je t'ai toujours laisser ton libre arbitre. »
« Tes accusations sonnent faux ! Je n'ai levé mes armées qu'après tes attaques. »
« Mais je n'ai jamais attaqué ton territoire. Je ne suis jamais venu ramper pour te demander de l'aide. Tu sais que je ne suis pas comme ça . »
Diurne était troublé, il est vrai que c'était les Muses qui étaient venues chercher son aide et que ses enfants mourraient pour protéger leur perfection. De plus sa voix avait une sonorité si mélodique qu'elle rappelait à Diurne l'époque où il était enfant, les joies simples que son père avaient su lui prodiguer. Perdu dans son regard il sentait son envie de se battre faiblir. Soudain une voix qu'il jugea aigrelette, le ramena vers le présent.
« Vous éludez la question, pourquoi êtes-vous venu ici ? » S'enquit la voix.
Diurne s'ébroua quand le Masque reporta son attention sur Illu, il avait failli se laisser prendre lui qui se croyait préparé à affronter de plus grands dangers. Brave Illu, Diurne avait eu une bonne intuition de le garder auprès de lui. Maintenant, il se dressait entre lui et son père, ses flammes presque éteintes par la présence du Masque. Ses couleurs tourbillonnaient sous le regard du Masque.

« Allons, cher Illu laisse donc un père et son fils goûter des retrouvailles par trop retardées » Le ton était celui d'une légère réprimande. Mais ceci suffit à Diurne pour se ressaisir complètement.
« Père, lança-t-il, dis ce pour quoi tu es venu ou affronte mon courroux sur le champ ! »
Sur ces paroles, Diurne se dressa de toute sa taille. La lumière qu'il dégageait aurait suffit à éclairer milles cavernes obscures. Sa main se crispa autour du manche de sa lance qui crépitait d'éclairs.
Le Masque le toisa quelques instants nullement gêné par la débauche de lumière. Il baissa finalement la tête.
« Tu as été bien dressé par les autres, tu serais près à frapper ton propre père. » Il secoua la tête « et moi qui voulait te dire que ta sœur voulait te voir. »

Diurne se sentit défaillir dans ses souvenirs, un éclat de rire de Noxe lorsqu'elle lui avait joué ce tour pendable en le jetant à l'eau, ses grands yeux sombres dans lesquels il adorait se noyer. La naissance des Astrées pour qu'ils puissent toujours être ensemble ... Ensemble à cette pensée, Diurne sentit la colère gronder en lui, ses pensées se reformèrent autour d'un seul souvenir, sa sœur lui disant qu'elle voulait rejoindre leur père pour tenter de le ramener à la raison. Et cette abominable souffrance qu'il avait ressentie quand il avait su qu'elle avait été transformée par l'être qui osait encore se targuer d'être un père pour eux ! Quel père aurait osé nier ainsi tout ce que sa fille était pour la transformer en un jouet dans son accession au pouvoir !
La rage gonfla les lumières de Diurne, il passa d'une teinte jaune spectrale à un orange flamboyant.
Illu s'écarta car la rage de son seigneur ne faisait plus la distinction entre l'ami et l'ennemi. Même le Masque recula.
« Tu oses, tonna-t-il, parler de ma sœur alors que tu l'as détruite, seul son souvenir me fait combattre contre toi ! Je te l'arracherai même si pour cela je dois en mourir ! »
Le Masque joua l'étonnement, il ouvrit la bouche mais aucun son n'eut le temps d'en sortir.

« Arrête ton fiel ! rugit Diurne. ASSEZ ! » Et il laissa exploser sa rage. Une myriade d'étincelles jaillir de sa lance pour frapper la poitrine du Masque. Ce dernier éjectait par la puissance de l'attaque se redressa assez vite pour voir diurne fondre sur lui lance haute. Il ramena rapidement sa cape autour de lui et la lance de Diurne frappa le sol à l'endroit où il venait de disparaître. Diurne haletait.
« Illu réuni tous mes enfants je dois leur parler . »
Quand toutes les Lueurs furent à nouveau réuni dans la salle du trône, Diurne n'était toujours pas calmé.
« Mes enfants, mes frères d'armes, mes seuls amis ! La guerre a assez duré, nous devons nous retirer ! Enfin, vous devez vous retirer, qu'Illu vous serve de chef maintenant et tant que je ne reviendrais pas ! Je pars combattre mon père seul ! »
Sa déclaration déclencha un tollé inimaginable, chaque lueur faisait sentir son mécontentement par un jeu de lumières incroyable. Par dessus ce kaléidoscope fou, Diurne parla d'une voix calme et triste :
« Vous êtes les derniers espoirs des êtres vivants sur l'Harmonde. Vous devrez toujours être là pour eux ! Guidez-les, conseillez-les, souffraient pour eux mais tiraient les des griffes de mon père. Je pars voir les Muses, ensuite, la Chasse commencera pour moi. » Sa voix était devenue sinistre sur ces derniers mots. Il se leva et traversa lentement la salle . Ses enfants se transformèrent en caresses pour lui communier tout leur amour. Un instant plus tard, Diurne lança un appel aux Muses. A peine avait-il franchi le Portail, qu'il se retrouvait dans un autre lieu là où sa pensée avait donné rendez-vous aux toutes puissante créatrices de l'Harmonde. Il se mira dans l'étang autour duquel il jouait avec Noxe quand la guerre n'existait pas encore et que le monde était jeune. Son expression s'attrista, il ne savait pas comment l'arracher aux griffes de son père. Soudain, il sentit leur présence. Cette caresse enveloppante et réconfortante que seule une mère aimante peut vous prodiguer. « Tu nous a appelé ? martela Cysèle »
Diurne se retourna et fut surpris de voir Illu, ce dernier embarrassé lui avoua : « Je ne pouvais pas te laisser partir comme ça, je reste le temps de te faire mes adieux. »
Diurne sourit, et tourna ses pensées vers les Muses.
« Grandes créatrices de notre joyau, je désire arracher ma sœur à mon père et je suis près à donner ma vie pour ça, pourrez-vous m'aider ? »
Un flottement dans la présence.
« Nous avons peut-être une idée mais elle demandera plus que ta vie, il nous faudra ton essence, tout ce qui te constitue. Es-tu prêt à faire l'ultime sacrifice ? Tinta nuance »
Diurne ferma les yeux et revit les yeux de sa sœur.

« Mon essence pourra rejoindre celle de ma sœur ? »
« Oui, soupira Stance, mais pas avant d'interminables souffrances ».
« Ma sœur pensa Diurne, je vais enfin la rejoindre ». Des larmes d'étincelles inondèrent ses joues ainsi que le sol et le lac.

« Alors j'accepte, murmura-t-il. »
« Que le rituel s'accomplisse, clama Orphèle »
Il ouvrit ses yeux pour voir Illu prendre une forme humaine, Il devint un homme sans âge, aux mains de jeune homme mais au regard de vieillard, vêtu d'une grande tunique grise, son expression semblait triste.
« J'entend et j'atteste par une Sentence que Diurne a accepté de jouer le rôle d'essence au projet d'inspiration des hommes, déclara-t-il d'une voix sans timbre » Sur ces mots, Janus frappa un grand coup directement dans le plexus solaire de Diurne.

« Et c'est ainsi que j'accomplit ce que les Muses demandent, clama-t-il ».
Diurne sentit son être lui échapper.
« Tu avais pris la place d'Illu ? Pourquoi ? »
« Je suis Illu, je te considère comme un ami et je pleure ta perte mais ce qui doit être fait sera fait, je veillerai sur tes enfants comme sur les miens. Tel est aussi ma sentence. »
Et sur ses paroles, Diurne plongea dans de profondes ténèbres.

Il eut peur de cet infini, il n'avait plus mal mais il était vide. Alors une voix lui chuchota tendrement « N'ai pas peur, c'est le Commencement. ». Et Diurne sut que sa sœur était là avant de sombrer définitivement.