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Article précédement publié sur le site A l’Ombre des Eternels consacré à Agone
Lorsque les heaumes des chevaliers se fermèrent, il devint de plus en plus difficiles de reconnaître les amis des ennemis (ou un chevalier en particulier) sur les champs de batailles ou dans les tournois. C’est ainsi que sont nées les armoiries. De ce besoin d’identification rapide et précise, dérivent certaines des règles élémentaires de création des armoiries : un nombre de couleurs limité, des associations de couleurs tranchantes, etc. Les hérauts qui annonçaient les chevaliers sur les tournois codifièrent la description des blasons. Ils inventèrent tout un nouveau vocabulaire, obligeant à faire appel à eux lors des tournois pour la description des armoiries ou lors de la création de nouveaux blasons.
Tout le monde (au moins en France) pouvait avoir ses propres armoiries, à la condition de ne pas usurper celle d’un autre. C’est encore le cas aujourd’hui, rien ne vous empêche de créer et de porter un blason tant qu’il n’existe pas déjà.
Cependant, rien ne garantit qu’on ne recrée pas des armoiries existantes d’autant qu’il n’existe aucun catalogue officiel et complet des armoiries existantes. Certains cabinets sont spécialisés dans la recherche et la création de blasons, mais ne sont pas obligatoires.
Les blasons sont encore très présents dans notre vie quotidienne : de nombreux écus ornent certains de nos monuments ou certains de nos plus vieux bâtiments, certaines villes utilisent ou réutilisent un blason. Si vous faites attention, vous pouvez même remarquer que les maillots des rugbymen portent un écu représentant leur équipe.
Mais d’autres éléments de notre quotidien héritent des règles de créations des armoiries : les logos de manière générale (besoin d’identification forte et rapide), et surtout les panneaux de circulation et les drapeaux nationaux ! Lisez les règles de gestion des couleurs et vérifiez si vous ne me croyez pas ;-).
Qu’est-ce qu’on entend par...
Il est difficile de dire ce que chaque terme représente exactement. Ils ont été tous synonymes les uns des autres pendant très longtemps. Voici quelques définitions précises (et je l’espère exactes) que cet article essaye d’employer et de respecter.
Forme de l’écusson
L’écusson a généralement la forme d’un bouclier - ce qui était à l’origine le support des armes avant de s’étendre à la vie quotidienne sous forme de sceau, en-tête de courrier, ou gravure sur les objets quotidiens. D’autres formes sont cependant répertoriées comme l’ovale pour les ecclésiastiques ou le losange pour les dames.
Il est possible de trouver une liste de formes différentes sur cette page : Chevalier du Lys - h4
Les différentes zones d’un écu sont :

En 1 se trouve la dextre de l’écu (qui est la droite du porteur - d’où dextre - et donc la gauche du spectateur). En 2 se trouve donc la senestre de l’écu (gauche du porteur, droite du spectateur).
Les couleurs
Les couleurs se divisent en deux groupes : les métaux et les émaux, à quoi se rajoutent les fourrures.
Les métaux sont :
Les émaux sont :
Une des règles principales de l’héraldique dit que les couleurs d’un même groupe ne doivent pas se toucher dans un écusson - sauf pour quelques exceptions comme les accessoires d’une figure (griffes, langue) ou les brisures.
S’il existe une arme contrevenant à cette règle (coexistence importante de couleurs du même groupe), on parle d’alors d’arme à enquerre (pour appeler à s’enquérir des raisons de cette particularité).
Les fourrures sont à l’origine inspirés par la fourrure d’animaux, d’où leur nom.
Les fourrures sont :
Partitions, répartitions, pièces honorables
Lorsque l’écu est entièrement d’une couleur, il est dit plain. Cependant, cela ne laisse que des possibilités très limitées. Le champ (ou fond) de l’écu est généralement divisé et comporte alors des partitions, répartitions, pièces honorables ou pièces héraldiques (le champ est divisé par des pièces dont on alterne les groupes de couleurs émaux/métaux).
Voici les principales divisions du champ :
Partitions
Coupé (coupé d’or et d’azur)
Parti (parti de gueules et d’argent)
Taillé (taillé de sable et d’or)
Tranché (tranché d’argent et de sinople)Répartitions
Champagne (d’azur à la champagne d’argent)
Chef (d’argent au chef de gueules)
Ecartelé (écartelé de pourpre et d’argent)
Ecartelé en sautoir (écartelé en sautoir de gueules et d’or)
Gironné (gironné d’azur et d’argent)Les Tiercés (divisions en trois zones égales) :
Tiercé en fasce
Tiercé en pal
Tiercé en bande
Tiercé en barrePièces honorables ou pièces héraldiques
Fasce (pas forcément en tiercé) (de sinople à la fasce d’or)
Pal (pas forcément en tiercé) (de pourpre au pal d’or)
Bande (pas forcément en tiercé) (de sable à la bande d’argent)
Barre (pas forcément en tiercé) (de gueules à la barre d’or)
Chevron (de gueules au chevron d’argent)
Croix (d’argent à la croix de sinople)
Pairle (de sinople au pairle d’or)
Sautoir (d’azur au sautoir d’or)
Bordure (de sable à la bordure d’or)
Franc-quartier (de pourpre au franc-quartier d’argent)D’autres divisions et variations existent. Il est possible « d’onder » ou de « créneler » les bords par exemple. Il est possible de trouver ici Chevalier du Lys - h2 différentes divisions du champ de l’écu.
Les Meubles et Figures
Il est également possible d’enrichir le champ, les partitions/répartitions/pièces honorables par des meubles et des figures.
Les meubles et les figures sont des dessins stylisés qui peuvent représenter tout et n’importe quoi (animaux, végétaux, objets, créatures imaginaires, etc.). Les meubles sont des figures géométriques alors que les figures représentent des choses réelles (animaux, humanoïdes, végétaux, constructions, ...). Au départ, les enrichissement les plus courants étaient les animaux et les figures géométriques. Il est nécessaire que le dessin soit relativement simple et aisément identifiable. L’écu est souvent utilisé sur de petites surfaces (sceau, courrier, etc.) et doit malgré tout pouvoir être reconnu.
Les meubles et des figures étaient choisis en fonction du destinataire des armes.
Une guilde de tisseur utiliserait plutôt un vêtement, alors qu’une famille noble aura probablement un animal emblématique qu’elle pourrait placer aisément sur son écu.
Certains font des « jeux de mots » avec leur nom. Un exemple français est Jacques Cœur dont le palais est décoré d’écussons ornés de cœurs et de coquilles St-Jacques pour représenter son nom. En ce cas, on dit que les armes sont « parlantes ».
La position des meubles possède également son propre langage de description comme en voici quelques exemples :
Vous pouvez trouver ici Chevalier du Lys - h3 une page présentant un grand nombre de meubles stylisés.
Autour de l’écu
Lorsqu’on étend les armes à un blason complet, l’écu peut se retrouver entouré par des ornements extérieurs.
Tout en haut de la composition, on place également le cri de guerre (s’il existe naturellement) posé sur un listel, un phylactère ou une banderole.
Au-dessus de l’écu, on place les timbres. Ce sont généralement des « couvre-chefs » :
Partant du timbre, on peut trouver les lambrequins (sortes de rubans retombant sur les côtés de l’écu).
Sur les côtés, on peut trouver des figures tenant l’écu. Elles portent des noms différents en fonction de ce qu’elles représentent : les tenants (anges, humains et assimilés), les supports (animaux et animaux fabuleux) ou les soutiens (arbres et objets inanimés).
L’écu peut être éventuellement posé sur un manteau pour les souverains, princes, ducs, grand maîtres d’ordres de chevalerie ou équivalents.
On peut trouver représentées les marques et insignes d’office. Par exemple, les militaires peuvent poser l’écu sur des drapeaux ou des étendards dont les piques supports sont croisés (disposés en sautoir). Un autre exemple : les bâtons des maréchaux posés en sautoir accueillant l’écu en leur centre.
En dessous de l’écu, on peut éventuellement trouver une devise posée sur un listel.
Filiation et brisure
Seul le fils aîné d’une famille avait le droit de porter les armes pleines de sa famille, c’est-à-dire sans modification. Pour les autres une altération était nécessaire : ajout d’un meuble, changement de couleur, ajout d’une pièce honorable. On dit alors que les armes sont brisées, et l’action s’appelle une brisure. A noter : Les bâtards brisaient généralement leurs armes par une barre.
Ascendance, alliance et parenté.
Parfois, afin de marquer ses relations avec telle ou telle famille, on recomposait un écu avec différents quartiers comprenant chacun des armes différentes. Cependant cette méthode atteint vite ses limites de « lisibilité », car plus on a d’alliance, de parenté et d’ascendance représentée, plus le blason devient illisible et indescriptible.
Le record est la famille galloise de Lloyd, blason divisé en 323 quartiers (un record vraiment illisible).
J’ai essayé de réaliser mon blason pour un concours "Pixel-Art" :

Sa description héraldique donne quelque chose comme : Parti d’argent avec fée issante d’azur aux ailes et aux cheveux de sinople et parti de sinople saupoudré de poussières d’argent, devise en listel. Je pense qu’il y a des erreurs mais n’étant pas spécialiste ! Issant est réservé aux animaux par exemple, et saupoudré est totalement de mon cru !
Quelques exemples sur le net
Je ne peux que vous conseiller la lecture des textes suivants :
« Figures de l’Héraldique » de Michel Pastoureau, DECOUVERTES GALLIMARD n°284. L’essentiel de ce qui est présenté ici est tiré de ce livre passionnant, qui se lit d’une traite pour qui s’intéresse un peu au sujet.Date de mise en ligne : 27 juillet 2006 - Dernière modification : 27 juillet 2006